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 L'enfer

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CHRIJO



Nombre de messages : 163
Date d'inscription : 27/10/2006

MessageSujet: L'enfer   Dim 20 Jan - 14:13

L’idée de l’enfer au début du 17ème siècle.
Les flammes vacillantes rendaient l’endroit encore plus sinistre. Des diables noirs, parfois ailés, avec des têtes de rats et de cochons, armés de fourches ou de piques, perçaient des hommes et des femmes dans leur sommeil, d’autres transportaient des corps avec leurs griffes, d’autres encore faisaient rôtir ou bouillir dans de grosses marmites de pauvres pécheurs aux yeux exorbitées. Un peu partout des monstres arrachaient des têtes et des bras humains pour les dévorer. C’était une vision d’horreur.

J d’Aillon


http://joelgau1954.unblog.fr


Dans les années cinquante, le catholicisme était encore suffisamment puissant pour marquer les âmes de son empreinte. Quand j’étais jeune gamin, je prenais pour argent comptant tout ce que l’on pouvait me raconter à propos des péchés que j’avais intérêt à éviter si je ne voulais pas passer mon éternité en enfer. Je me souviens de ces représentations cauchemardesques du démon et de son territoire de feu, qui semait la terreur dans mon esprit. Terrifié à l’idée de pouvoir être confronté au mal absolu, j’essayais d’obéir à un Dieu que l’on vous dépeignait davantage comme un despote intransigeant que comme un être de bonté.
Cinquante ans plus tard, l’église (je ne parle pas de la foi), n’a plus aucun impact sur moi, par contre dans ma vie d’adulte j’ai l’occasion maintes et maintes fois de m’épouvanter de choses bien concrètes Le cancer un l’un de ces cauchemars, représentant sur terre du mal absolu, une image vivante et bien réelle cette fois du démon. C’est l’enfer pire encore que ce que j’avais pu me l’imaginer dans mon lointain passé.
En ce jour du 1er novembre je pouvais en apporter encore un témoignage, comme malheureusement ils en existent des centaines de milliers, à travers le monde.
Tout avait commencé par un courriel qui me donnait des nouvelles préoccupantes, mais pas alarmistes. Il était clair néanmoins que la situation avait évolué dans le mauvais sens. Un petit coup de fil pour demander si notre visite pouvait déranger, et comme la réponse était négative, nous prîmes la direction de Nantes, pour mettre à bien notre projet.
Sa femme nous accueillit avec son sourire et sa gentillesse habituel. D’emblée lorsque la porte s’était entrouverte la vision d’un fauteuil roulant me flanqua un coup. Sans doute que son état de santé était bien pire encore que ce que j’avais pu m’imaginer.
Manifestement nous arrivions un peu tôt, car il n’avait pas entendu le bruit de la sonnette, ni celui de l’ouverture de la porte. Il était allongé dans un lit médicalisé, tourné vers la télévision allumée. En fait il était endormi dans une position recroquevillée, enfoui dans ses couvertures, et je ne pouvais voir que l’arrière de sa tête.
« C’est l’infirmière qui nous a proposé de lui installé ce lit, avant il dormait dans le canapé, car il n’avait plus la force de se rendre à la chambre. »
Son discours était neutre, ni pessimiste, ni optimiste. Elle parla longuement sans nous dévoiler le moindre de ses sentiments, en trouvant les mots pour que nous nous fassions la bonne opinion de l’état de santé de son mari.
« Ah je crois qu’il est en train de se réveiller. »
« Bonjour les Gautier » Nous avait-il dit, avant de nous laisser poursuivre la conversation.
Le visage émacié d’un déporté, les yeux perdus dans la nuit d’un univers qui n’était plus tout à fait dans notre galaxie, une peau parcheminée de teinte cireuse, les cheveux ternes et collants, il paraissait vouloir de nouveau se rendormir. De temps en temps, il prononçait en même temps qu’il faisait des soubresauts, des bouts de phrases inaudibles.
« C’est à cause de la morphine, qui l’aide à moins souffrir, mais qui le fait aussi planer un peu dans les nuages. » Nous avait-elle dit.
Les lèvres sèches et crevassées, une toux grasse causée probablement par une inflammation des bronches et qui parfois me donnait l’impression qu’il allait s’étouffer, et toujours ces petits moments de mini sommeil et de délires, entrecoupés par de périodes un peu plus longues de lucidité, me permirent de jauger la situation.
Sa femme remplissait son rôle d’infirmière à la perfection. Elle bichonnait le malade comme Harpagon veillant sur son or. Elle parlait toujours avec beaucoup de diplomatie comme si leur couple vivait une mauvaise plaisanterie, mais que les choses allaient vite rentrer dans l’ordre.
S’il y a un Dieu, comment pouvait-il rester sans réagir, laisser le cancer priver le patient de ses facultés les plus élémentaires, et confier à ses proches le soin de le préserver dans sa dignité, alors que toutes les difficultés s’accumulaient les unes après les autres.
Au fil de ma conversation j’apprenais comment on en était arrivé là. D’abord la tumeur entre les deux poumons, les métastases au cerveau et en haut de la colonne vertébrale, le bras gauche et la jambe droite à demi-paralysés, puis l’obligation d’utiliser le fauteuil roulant, et ensuite le lit médicalisé, maintenant les changes de protection, les aliments complémentaires, la paille pour pouvoir absorber des liquides tout s’enchaînait assombrissant chaque jour un peu plus l’horizon.
Planté debout devant son lit, je constatais sa fatigue extrême, ainsi que sa souffrance qui se manifestait à travers le corps tout entier, et qu’il exprimait par des grimaces et des petits cris.
Quel rage de devoir admettre mon terrible sentiment d’impuissance, comme si je regardais quelqu’un se noyer sans pouvoir lui tendre la main, ni même lui jeter une bouée.
Je devais au moins essayer de lui parler, mais je me sentais comme un écolier devant le tableau noir, vaincu par les insurmontables difficultés d’un problème arithmétique. Moi qui avais su m’exprimer en écrivant des dizaines et des dizaines de pages sur ma lutte de tous les jours, contre cet adversaire sans pitié qu’est le vilain petit lutin, je ne trouvais pas les mots pour manifester au malade, ma totale compassion. Comment faire de belles phrases face à une telle évidence, le mensonge serait tellement gros, mais j’avais la certitude que mon silence était encore pire à supporter.
Le jour de la Toussaint était fidèle à sa réputation, à l’extérieur le ciel était extrêmement gris, et une très forte averse détourna mon attention via la baie vitrée en direction du jardin. Le café était servi, et son arôme embaumait le salon.
Par quelques mots sans plus, avec une prononciation difficile comme s’il fallait faire un effort surhumain pour articuler, il avait réclamé d’en boire une tasse. Cette réaction témoignait de ses facultés à suivre ce qui se passait autour de lui, lui redonnant ainsi un peu plus ‘’d’humanité’’. Il fallait tenir le contenant, pour qu’il puisse aspirer le contenu, par petites gorgées, et une fois sur deux il s’engouait, je n’arrivais d’ailleurs pas à savoir pourquoi. De petites éructations régulières venaient s’ajouter aux nombreuses autres gênes qui lui pourrissaient l’existence. Il avait parfois la présence d’esprit de s’excuser, alors que les excuses s’étaient à nous de lui en faire, de nous sentir aussi petits devant un tel désastre.
Son addiction à la cigarette était toujours aussi réelle. Privée de son bras à demi-paralysé, il arrivait quand même à faire les efforts pour atteindre le paquet posé sur une table basse, à côté de lui. Sa femme ne semblait pas le surveiller, sans doute jugeait-elle important de le laisser se débrouiller tout seul, pourtant ses yeux savaient se fixer là où il fallait, et quand il le fallait. Aussi lorsqu’arriva le moment d’allumer la cigarette, elle se déplaça pour lui offrir la flamme du briquet, dont il était incapable de se servir.
Son visage figé en un masque de douleur blafard ressemblait à une porte derrière laquelle étaient renfermées toutes les expressions qui composaient autrefois les traits de sa personnalité.
Décidément je me sentais complètement nul, incapable d’être à la hauteur de la situation. Pourtant dans le domaine du cancer, j’avais déjà donné quasiment huit ans de mon énergie, et j’en avais vu des vertes et des pas mûres, mais ce cancer c’était le mien, je le gérais et le vivais de l’intérieur en fonction de ma personnalité. Il n’existe pas un cancer, mais des cancers, et il n’y a pas une manière de l’appréhender mes autant de façon qu’il y a de malades, aussi personne ne peut se mettre à ma place, et en ce jours émotionnellement difficile à supporter, je ne pouvais pas non plus me mettre à la sienne.
Comment ne pas se sentir indulgent alors envers tous ces gens qui se sentent mal à l’aise en ma présence, eux qui non plus ne trouvent pas les mots. Comment ne pas comprendre la réaction de ceux qui me fuient, car ma maladie est pour eux un mystère, et on sait bien que le mystère fait horriblement peur.
Il était temps pour nous de quitter les lieux, d’autres visiteurs étaient arrivés pour nous remplacer.
« Salut mon petit cousin, je reviendrais te rendre visite bientôt. »
Je m’étais penché pour lui faire une bise sur la joue. Il n’avait réagi ni par le geste, ni par la voix. Se souviendrait-il que nous étions venus le voir ? Rien n’était aussi incertain.
Nous prenions à présent congés de sa femme, ainsi que de ses amis, avant de regagner notre véhicule. La pluie avait cessé mais le ciel était à l’image de cette journée, bien obscure.
Je me sentais défait, sûr que ma belle théorie sur l’acceptation sans la résignation venait d’éclater en morceaux. La réalité était bien trop cruelle voir même scandaleuse, et je la condamnais définitivement, et sans ménagement. Non décidément personne ne pouvait accepter et se satisfaire d’un tel dénouement.
Peut-on mourir étouffé par ses propres pensées ? Sans doute que non, mais l’angoisse qui me tenaillait, et la gorge qui me serait, étaient des manifestations négatives traduisant bien mon état d’esprit du moment. L’image de cette mort annoncée revenait en boucle, comme si au travers d’une boule de cristal, je voyais l’épilogue de ma propre vie. Mes oreilles étaient désormais attentives au moindre coup de téléphone, à moins d’un miracle de dernière minute, je sentais un nouveau malheur planer sur nous.

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CHRIJO



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MessageSujet: L'esprit humain   Ven 25 Jan - 12:57

Cet espoir, je le savais bien était vain, mais l’esprit humain est ainsi fait qu’il continue à s’en nourrir, même dans les circonstances les plus insensées, les plus désespérées.

Konsalik

Nous sommes en réalité les pantins d’un théâtre de marionnettes, quelqu’un se charge de tirer sur les ficelles de notre destin. L’auteur du spectacle écrit parfois des scénarios qui ne sont pas des comédies. Nous sommes cantonnés dans le rôle qui nous a été attribué, sans aucuns moyens de s’en échapper. Pourtant on se croit libre, on fait en sorte d’être Pinocchio, a qui une gentille fée à donner la vie. Malgré le poids difficile ou douloureux de notre passé, on essaye d’avancer, en prétendant toujours être en mesure de diriger le bateau. On tente de penser ses blessures, mais est-il aussi facile d’oublier cette croix qui pèse tellement lourd sur nos épaules. Le chat se joue de la souris, la liberté n’est qu’une illusion, dès que l’on pense pouvoir tenir enfin sa destinée en main, un mauvais coup du sort vient anéantir nos illusions.
J Gautier


Je t’avais promis de revenir, le vilain lutin ne m’en a pas laissé le temps. Ce vendredi matin j’ai appris la nouvelle, huit jours seulement après notre visite, le mal absolu t’a vaincu.
Très cher cousin, tu m’avais dit un jour que je ne méritais pas d’être aussi gravement malade, mais que toi le cancer, tu n’avais rien fait pour t’en protéger, laissant sous entendre que tu l’avais mérité. La remarque m’avait surpris, et j’étais resté silencieux. Nous étions passés ensuite à un autre sujet. Maintenant qu’il est trop tard pour réagir, j’ai envie néanmoins de rétorquer que tu n’avais surtout pas besoin de t’auto flageller. On s’imagine que la vie nous est imposé comme un problème à résoudre, mais on ne trouve pas systématiquement la solution, ce qui nous conduit parfois dans de très mauvaises directions, mauvaises directions qui nous font bien souvent perdre la route. Je suis bien la placé pour le savoir, car j’ai moi-même pas mal vogué dans de pénibles galères, et quelques unes de mes chaînes traînent encore à mes pieds. Comme on nous rabâche que tout homme est responsable de ses actes, forcément en ayant pris la mauvaise pente, on ne peut que se culpabiliser. Non tu n’es coupable de rien, et ni plus ni moins qu’un autre, tu méritais une telle sentence, et surtout dans de telles conditions.
J’ai été le témoin de quelques unes des vicissitudes de ta vie, sans jamais être à ta place pour en supporter les conséquences. Je ne pouvais que constater les dégâts occasionnés sur ta personnalité. Tu étais un écorché vif, impénétrable, mais derrière toutes ces noirceurs qui t’emprisonnaient l’esprit, je devinais l’être aimant, le personnage attachant.
Depuis trop longtemps tu tentais d’éteindre le fer rouge qui te rongeait le cœur, sans doute tu ne t’y prenais pas de la bonne manière, mais personne n’a la recette du bonheur, tu te contentais de surnager, mais à présent te voilà noyé.
Le tout puissant, puisqu’il faut bien trouver un nom à notre maître, nous met des obstacles sur notre route, sans ne nous apporter aucun secours. La chemin est long, il nous épuise, on essaie de ne pas abandonner, mais qu’il est difficile de ne pas flancher sans trouver la force nécessaire. Alors la force nécessaire on la cherche parfois à travers des ‘’produits dopants’’, et à la fin on est perdant.
Certains naissent pauvres, d’autres riches, certains naissent beau, d’autres laids, on pourrait couvrir des pages entières de ces injustices qui tapissent et déterminent notre monde.
La vie a-t-elle été juste avec toi, il n’y a rien de moins sûr. Tu as cherché les moyens de penser tes blessures, ou du moins tu as tenté de les oublier. Mais les blessures sont profondes, la vie est un combat, et guère sont les soldats qui sortent indemnes de la guerre.
Celui qui depuis ta naissance, rédigeait d’une main experte les différents chapitres du livre de ta vie, vient d’y inscrire de sa plus mauvaise plume, le mot fin.

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MessageSujet: Re: L'enfer   Dim 27 Jan - 11:56

Bonjour Chrijo,
Comme vous exprimez bien le chemin du bout de la maladie, du terme final mais surtout de tous vos ressentiments
face à votre cousin en bout de vie. Cela me ramène quelques mois en arrière quand maman nous a définitivement quittés, ce sont
des moments pénibles qui resteront gravés dans nos esprits mais avec le soulagement qu'enfin la souffrance n'est plus.
Je vous présente mes sincères condoléances.
Véronique
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MessageSujet: Re: L'enfer   

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